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Horlogers bâtisseurs

L’année 2006 est un nouveau millésime horloger à classer parmi les meilleurs crus du siècle. Pas encore achevé à l’heure d’écrire ces lignes, le millésime 2006 promet un nouveau record. L’horlogerie suisse dépassera pour la première fois la barre des 13 milliards de francs, soutenue essentiellement par les montres mécaniques de prestige. Au-delà des chiffres, ce nouveau seuil franchi est le miroir d’une vitalité exceptionnelle. Laquelle n’est pas née du hasard, mais d’entrepreneurs qui ont su adapter leurs produits aux goûts d’une clientèle souvent aisée en quête de produits d’exception. En amont, c’est toute la chaîne de production, de la recherche et développement à la fabrication, en passant par la mise au point des mécanismes complexes, qui s’est renforcée.

Pour ce faire, les horlogers ont osé prendre des risques, se lancer des défis en investissant des montants considérables dans l’outil de production. Ainsi, grâce à ces entrepreneurs, l’horlogerie suisse n’a sans doute jamais été aussi performante et bien armée pour relever les défis futurs.

De la jeune marque qui se lance avec succès sur ce marché très concurrentiel aux géants qui cherchent à asseoir davantage encore leurs positions, toute une profession s’est mise en mouvement. Les manufactures ou autres sites de production poussent comme des champignons. Aux portes de Genève, l’exemple de Plan-les-Ouates est à cet égard éloquent. En quelques années, après Patek Philippe et Piaget, Rolex, Vacheron Constantin et Frédérique Constant ont investi ce site. Et l’on attend Harry Winston prochainement. A Meyrin, Chopard s’agrandit encore, Roger Dubuis ne cesse de croître et d’autres fabricants sont annoncés. A Genthod, Franck Muller s’est offert un nouveau château. A Bienne, les deux géants Rolex et Omega viennent d’acquérir des dizaines de milliers de mètres carrés pour accroître leur capacité de production. Au Brassus, Audemars Piguet se lance dans la construction d’un nouveau site; non loin de là, Blancpain vient de rénover et d’agrandir sa «ferme», tandis qu’à Schaffhouse IWC termine sa mue qui a vu s’ériger une nouvelle manufacture sur le site historique de la marque.

Au final, tous cherchent à gagner en indépendance en verticalisant autant que faire se peut leur production. C’est la qualité du produit et surtout sa singularité par rapport à la concurrence qui sont en jeu. L’horlogerie suisse a plus que jamais tous les atouts en main pour poursuivre sur la voie de la croissance.


Roland Ray / Editeur

Horlogerie en mouvements

Lorsque le consommateur devient connaisseur, il est plus difficile de tricher sur la marchandise. Et lasociété d’information dans laquelle nous évoluons a au moins pour avantage de rendre plus transparent ce qui pouvait auparavant demeurer volontairement opaque. Ainsi, le temps où les horlogers vendaient une Ferrari avec un moteur de Twingo est bel et bien révolu. Poussé par des clients informés et exigeants, les marques de prestige sont désormais contraintes de proposer des mouvements «maison». Conçus et produits à l’interne des manufactures ou développés par des «motoristes» de renom, ces nouveaux calibres permettent à chacune des marques de se différencier de ses concurrents et, le cas échéant, de démontrer son savoir-faire. Mouvements de base sur lesquels on peut ajouter un module à complications ou calibres compliqués, ces «moteurs» exclusifs animent plus que jamais le paysage horloger. Les derniers mois ont clairement confirmé cette tendance qui marque un évident renforcement de la base industrielle du secteur. Car créer un mouvement mécanique horloger de base fiable, performant et innovateur exige d’importants moyens et rares étaient, il y a encore quelques années, les manufactures disposant de la puissance et surtout du savoir-faire nécessaires à ces développements. Mais les succès sans précédent enregistrés sur les marchés par les marques de prestige ont permis de renforcer considérablement les fondements même de cette activité industrielle. Parmi les sociétés ayant mis en production leur propre mouvement de base ces trois dernières années – sur la base duquel elles bâtiront ensuite des familles de complications –, on peut notamment citer Audemars Piguet, Vacheron Constantin, JeanRichard, IWC, Parmigiani Fleurier, Universal Genève ou encore l’allemande Nomos. Universal Genève fait cette année un retour remarqué grâce à son nouveau calibre UG 100, Ulysse Nardin leur a emboîté le pas cette année, Blancpain également, Piaget a présenté plusieurs nouveaux mouvements, Girard-Perregaux a levé le voile sur deux calibres maison et d’autres sont déjà annoncés. Dans le domaine des mouvements à complications, le feu d’artifice est encore plus évident et il n’est aujourd’hui pratiquement plus une manufacture qui ne présente tous les ans une ou plusieurs nouvelles complications. L’horlogerie de prestige n’a sans doute jamais été riche et diversifiée qu’aujourd’hui. Mieux, elle a bâti cette force sur une base industrielle puissante.


Michel Jeannot / BIPH

Rêve de femme

Longtemps, l’horlogerie est restée une affaire sérieuse, une affaire d’hommes. Par chance, l’industrie s’est réveillée, ces toutes dernières années. Finie l’époque où les modèles proposés aux femmes n’étaient qu’une homothétie de petite taille des garde-temps destinés à l’autre moitié de l’humanité.

En outre, les designers s’éclatent de plus en plus à imaginer des montres pour femmes. Car qui repousse les limites dans le domaine de la fantaisie, du rêve ou même de l’audace? Qui a exigé le soin des détails «annexes», allant du chatoiement des couleurs pour les cadrans ou le raffinement des sertissages, jusqu’aux boucles de bracelets travaillées? Les femmes.

Cette année plus que jamais, les horlogers les ont imaginées princesses, sirènes, ou femmes d’affaires, toujours polyvalentes, charmeuses et décidées. Bien leur en prend. Les intéressées constatent qu’enfin les propositions qu’on leur soumet commencent à être dignes de ce nom. Cette fois, on ne leur parle plus comme à des écervelées et on les juge même dignes de complications, fussent-elles utiles et encore timides.

On a souvent reproché aux femmes de n’être pas capables de comprendre la beauté mécanique des montres, de ne s’intéresser qu’à la carrosserie plutôt qu’au moteur. Alors, poussons la comparaison avec le monde de l’automobile jusqu’au bout. Sérieusement, qui peut prétendre que tous les hommes sont capables, ou auraient envie, de changer un cardan ou d’identifier la pièce déficiente d’une boîte à vitesse? Eh bien, cassons un autre mythe: il en va de même pour l’horlogerie. Ces messieurs adorent parler de la puissance des barillets, de la même façon qu’il salivent à dénombrer les chevaux d’un bolide. Certes, ils en ont une excellente connaissance, mais celle-ci s’arrête souvent à la théorie. Or, voilà bien un défi qui s’avère à la portée des femmes. Elles ne s’abîmeront même pas un ongle à comprendre le fonctionnement d’un chronographe. Si elles y consacrent du temps et de l’intérêt, elles peuvent, elles aussi, faire entendre leur voix. Là comme ailleurs, tout n’est qu’affaire de passion.


Flavia Giovannelli
Rédactrice en chef de Heure



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